La sélection généalogique repose sur deux éléments indispensables : l’enregistrement de phénotypes (croissance, productivité, conformation…) et la maitrise du pedigree. Pour évaluer le potentiel de chaque individu il est primordial de connaitre ses origines génétiques ainsi que ses performances. Les reproducteurs les plus performants sont alors conservés pour renouveler la souche et ainsi faire progresser la population générale.
Pour y parvenir, il faut raisonner au niveau individuel et garantir une traçabilité parfaite. Une tâche rendue complexe par le fait que les pigeons vivent en volières collectives. Si ce mode de vie permet l’expression de leurs comportements natifs, cela représente un défi pour déterminer l’arbre généalogique unissant les différents membres d’une population de sélection.
La maîtrise du pedigree
Contrairement à d’autres espèces avicoles, il n’y a pas d’insémination en pigeon, ce qui rendrait l’origine paternelle connue avec certitude. Il n’y également pas de contrôle ponte qui permettrait d’identifier la femelle reproductrice.
En volière de pigeons, la maîtrise des pedigrees repose en premier lieu sur le savoir-faire et l’observation des animaliers d’Europigeon. Lorsqu’un nouveau parquet est constitué, un nombre égal de mâles et de femelles est introduit dans la volière, le pigeon étant une espèce monogame. Les animaux vont évoluer dans ce nouvel environnement pour constituer des couples, exprimant alors leurs comportements sexuels et de parade nuptiale. De la paille et des nids numérotés sont à leur disposition pour les inciter à s’y installer tout en garantissant leur bien-être.
Bien qu’ayant la possibilité d’interagir tous entre eux, des couples vont peu à peu se former par préférence et choisir leurs nids. Le travail du technicien colombicole est alors de repérer la fréquentation de chaque nid par son duo unique mâle/femelle. Une fois les œufs pondus, mâle et femelles vont se relayer pour les couver ce qui renforce ce travail d’identification. Chaque reproducteur, en plus de sa bague individuelle, va alors recevoir une étiquette correspondant à son nid. Il s’agit là de la première étape cruciale pour assurer la maitrise du pedigree : identifier le couple reproducteur et son nid.
Il faut généralement compter environ trois mois pour qu’un parquet soit considéré comme définitivement constitué, avec des couples clairement établis.
La seconde étape a lieu lors de la ponte et de l’éclosion des petits. En effet en pigeon, pas d’incubateur. Les œufs sont couvés par leurs propres parents dans leur nid. Le pigeon est une espèce nidicole, c’est-à-dire que les jeunes sont incapables de se nourrir et se déplacer seuls à la naissance. Ainsi quand le pigeonneau éclos il reste dans son nid d’origine jusqu’à son sevrage aux environs de 28 jours. Ceci permet alors aux animaliers d’enregistrer cette nouvelle éclosion sur une application dédiée et attribuer une bague individuelle à l’animal nouvellement éclos. On connait alors ses parents qui sont les reproducteurs ayant pondu et couvé les œufs dans ce nid et qui vont ensuite assurer le nourrissage du jeune jusqu’à son autonomie alimentaire à un mois.

La gestion de la consanguinité
Si la sélection permet d’améliorer les caractères, l’un des enjeux majeurs est le maintien de la diversité génétique. L’augmentation de la consanguinité pourrait aboutir à un appauvrissement génétique ainsi que dans le pire des cas à l’apparition de tares génétiques. Une des stratégies est d’alors de sélectionner des animaux améliorateurs et peu liés génétiquement et d’optimiser les accouplements entre eux.
En pigeon, une autre particularité est l’absence d’accouplements dirigés. Autrement dit le généticien ne peut pas choisir et maitriser à l’avance quel mâle va s’accoupler avec quelle femelle.
Ainsi lors d’un choix de sélection pour renouveler un parquet, le recours à des pleins-frères ou pleines sœurs est fortement limité pour maintenir une bonne variabilité familiale.

Un système validé par les retours terrains…
Ce système d’identification de chaque trio père-mère-descendant est basé sur la maitrise des techniciens de sélection colombicole. Les logiciels et principes d’évaluation génétique sont ensuite exploités comme pour les autres espèces. L’amélioration des lignées pures se transmet ensuite aux élevages de production par un système de croisements successifs propre à la structure pyramidale des filières avicoles.
La sélection en pigeon de chair ainsi réalisée a prouvé son efficacité puisque le gain génétique pour la conformation du Mirthys Pie a été multiplié par 1.5 ces dix dernières années.

…Et conforté par la génomique
Des prélèvements ADN suivis de génotypage ont été réalisés à la fois sur des reproducteurs et leurs descendants en exploitant la puce SNP multi-espèces développée dans le cadre du projet IMAGE porté par l’université de Wageningen aux Pays-Bas.
Le principe est simple et très résolutif : comme chaque reproducteur transmet la moitié de son patrimoine génétique à sa descendance, un pedigree peut alors être déterminé sur la base du partage de marqueurs moléculaires communs ; on parle d’assignation de parenté.
L’enjeu était alors de comparer le pedigree obtenu par génotypage à celui enregistré classiquement. Les résultats obtenus ont une concordance parfaite, quelle que soit la souche.
Ainsi la maitrise et le savoir-faire développé par les équipiers Europigeon permettent d’assurer la gestion de la généalogie, même en milieu de vie collectif. Cela garantit une sélection généalogique efficace et pérenne.
